Chapter 1
1 Philopator 1 ayant appris par ses coureurs qu’Antiochus 2 lui avait enlevé plusieurs de ses forteresses, il rassembla toutes ses forces.
- Le syriaque, Ptolémée Philométor. C’est sans doute ici une méprise de copiste, puisque l’un et l’autre ont été les noms de deux différents rois d’Égypte ; car Josèphe, lib. 1 contr. Appion., p. 1064, grec et latin, ne donne à celui-ci ni le nom de Philopator ni de Philométor, mais de Ptolémee Phiscon, frère de Ptolémée Philométor ; cependant Eusèbe, en sa chronique l’an du monde 4980, cite le livre III des Machabées, en parlant de Ptolémée Philopator, et Strabon, lib. ultim., appelle celui-ci le quatrième Ptolémée. Voy. Polybe, lib. v, pag. 421, grec et latin, dit Philopator successeur de Ptoléinée Evergète.
- Eusèbe nomme celui-ci Antiochus le Grand, et le met au nombre des rois de Syrie.
2 Et, suivi de sa sœur Arsinoé 1, il s’avança jusqu’à Raphie 2, où Antiochus s’était campé avec toute son armée.
- Polybe, lib. v, page 424, dit qu’Arsinoé, sa sœur, l’accompagnait dans cette guerre.
- Ville de la Phénicie ou Célé-Syrie. Polybe, liv. v, pag. 422, fait mention de ce combat entre Ptolémée et Antiochus près de cette ville, et dit qu’elle était la première que l’on rencontrait après Rhinocura, en entrant en Syrie.
3 Alors un certain Théodote 1 songea à exécuter le dessein qu’il avait pris de tuer Ptolémée 2, dans l’espoir que sa tort ferait enfin cesser la guerre 3. Pour cet effet, il choisit parmi les troupes que ce prince lui avait confiées, celles qui lui parurent les plus propres à seconder son entreprise 4, et à la faveur de la nuit, il s’avança jusqu’à la tente de Ptolémée.
- Surnommé Ætolus, c’est-à-dire grec, le même que celui qui livra à Antiochus les villes de Ptolémaïde et de Tyr, et qui avait été, sous Ptolémée, préfet ou gouverneur de Célé-Syrie. Voy. Polybe, ibid., lib. v Hist., p. 585, 405 et 421.
- Le même que l’auteur a nommé simplement Philopator au verset 1.
- Litt. : Espérant lui seul tuer Ptolémée, et terminer ainsi la guerre. Polybe, liv. v, p. 422 et 423, rapporte ce fait, et dit qu’il n’entra dans la tente de ce prince qu’avec deux de ses compagnons qui connaissaient aussi bien que lui les mœurs et usages de Ptolémée, pour avoir été à son service.
- Litt. : S’étant revêtu des armes et d’un habit semblable à celui des soldats de Ptolémée. On a suivi le syriaque dans la version ; cependant il n’y a guère d’apparence qu’un soldat syrien ait pu choisir des compagnons parmi les troupes du prince ennemi, dans le dessein d’aller tuer leur prince. Mais le syriaque insinue que ces soldats que se choisit Théodote, étaient des transfuges de l’armée de Ptolémée, ou que Théodote lui-même, quoique Syrien, ayant passé dans l’armée de Ptolémée, ce prince lui avait confié le commandement de quelques-uns de ses soldats ; mais Polybe, cité ci-dessus, lève toute la difficulté.
4 Mais Dosithée, fils de Driusyle 1, Juif d’origine, et qui depuis avait renoncé à la loi et à la religion de ses pères, ayant été informé des complots secrets de Théodote, avait fait sortir Ptolémée de sa tente et n’y avait laissé qu’un homme de basse condition 2 qu’ils tuèrent 3 au lieu de ce prince.
- Litt. : Qui était un de ceux qui devaient escorter Théodote. On a suivi le syriaque dans la version.
- Syriaque, un pauvre. Polybe, liv. v, p. 423, dit qu’il tua deux des officiers de Ptolémée, dont un se nommait André ; il était le premier médecin de ce prince.
- Litt. Sur lequel seul tomba l’exécution du meurtre projeté. Dans la version, on a suivi le syriaque.
5 Alors on se battit avec vigueur de part et d’autre, mais la victoire commençant à pencher du côté d’Antiochus, Arsinoé, les cheveux épars et les yeux baignés de larmes, courait dans tous les rangs, et conjurait les soldats de combattre généreusement pour leur propre liberté et pour celle de leurs femmes et de leurs enfants, leur promettant à tous deux mines d’or 1 par tête, s’ils revenaient victorieux.
- Ces deux mines d’or peuvent être évaluées selon quelques interprètes à treize ou quatorze cents livres ou environ.
6 Elle eut bientôt remis la victoire dans son parti, et ses ennemis, ou périrent dans le combat, ou furent faits prisonniers.
7 Ptolémée, échappé avec tant d’avantage aux mauvais desseins de ses ennemis, crut qu’il devait se montrer aux villes voisines, et rassurer par ses discours ceux que la crainte avait pu ébranler. Il fit partout des présents aux temples des dieux, et releva l’espérance de tous ses sujets 1.
- Le syriaque ajoute, qu’il les déchargea des impôts, et leur donna des marques de sa bonté.
8 Les ambassadeurs des Juifs arrivèrent en ce temps-là ; ils étaient chargés de présents, et venaient au nom de toute la nation le féliciter de sa nouvelle victoire. Ptolémée ne les eut pas plutôt vus à sa cour, qu’il se sentit enflammé plus que jamais du désir violent de passer en Judée.
9 Et sans délibérer davantage, il vint à Jérusalem, il y sacrifia au vrai Dieu, et s’acquitta de tout ce que la reconnaissance et la sainteté du lieu pouvaient exiger de lui.
10 Étant ensuite entré dans le temple, il en admira l’excellente structure, et vit avec étonnement l’art et la magnificence qui régnaient partout. Alors la curiosité s’irritant de plus en plus, il déclara aux Juifs l’impatience où il était de pénétrer jusque dans le sanctuaire.
11 Ils lui représentèrent en vain que ce lieu auguste était interdit non-seulement à tous ceux de leur nation, mais même à leurs prêtres, à la réserve du souverain Pontife, et qu’encore n’y pouvait-il entrer qu’une seule fois l’année. Toutes les raisons furent inutiles contre un désir si violent.
12 Et pendant qu’on lui montrait dans les livres saints l’endroit où cette loi était marquée ( ; .), il s’avançait vers le sanctuaire, disant avec fierté qu’aucune loi ne pourrait lui en défendre l’entrée, et que si cet honneur n’avait encore été accordé à personne avant lui, il était d’un rang à devoir l’obtenir. Leur ayant ensuite demandé pourquoi on ne l’avait empêché nulle part d’entrer dans les temples des dieux ?
13 Et quelqu’un lui ayant répondu hardiment 1 qu’on l’aurait dû faire 2 : Hé bien ! dit-il, puisqu’on a eu quelques
- Litt. Imprudemment. Autr. : Sans trop de réflexion ; ainsi le grec ; mais le syriaque porte hardiment.
- Litt. Que c’était un grand mal, Autr. : Que l’on avait très-mal fait.
14 Alors les prêtres, revêtus de leurs ornements et le visage prosterné contre terre, prièrent le Dieu tout-puissant de les secourir dans cette extrémité et d’arrêter les efforts d’un prince orgueilleux. Au bruit des gémissements et des cris dont ils remplissaient le temple, toute la ville fut troublée, et dans l’incertitude de ce qui pouvait être arrivé, ils accoururent en foule.
15 De jeunes filles sortant des appartements où on les tenait auparavant renfermées, suivaient leurs mères, et se couvrant la tête de cendre et de poussière, elles faisaient retentir d’horribles clameurs.
16 D’autres, nouvellement mariées, quittant leurs demeures, sans consulter la pudeur et les bienséances de leur sexe, couraient de tous côtés par la ville.
17 Les mères et les nourrices abandonnaient leurs enfants encore tendres, les unes dans leurs maisons, les autres au milieu des rues, où elles n’avaient plus d’espérance de les retrouver, et elles accouraient au temple.
18 Et là toute cette multitude rassemblée sollicitait le ciel contre les entreprises d’un prince impie et orgueilleux.
19 Quelques-uns même, plus hardis que les autres, se mirent devant lui pour l’empêcher d’avancer, criant qu’ils étaient résolus de prendre les armes et de combattre généreusement pour la défense de leur loi, aux dépens même de leurs propres vies. Ces discours n’ayant fait qu’augmenter le désordre,
20 Les anciens et les prêtres eurent beaucoup de peine à les contenir ; mais enfin ils les obligèrent de se retirer dans le lieu où l’on fait la prière 1.
- Ou selon le syriaque, ils les contraignirent de se contenter de gémir et de prier avec le reste du peuple.
21 Et 1 pour eux, ils environnaient le prince, et mettaient tout en usage pour le détourner d’une entreprise si téméraire.
- Litt. : Car le peuple avait déjà pris le parti
22 Ptolémée, plus aigri par toutes ces résistances, fit quelques pas pour entrer, croyant qu’il en viendrait aisément à bout.
23 Et alors les officiers mêmes de sa garde, s’unissant aux Juifs, priaient ensemble le Dieu tout-puissant de regarder son peuple d’un œil favorable, et de ne point laisser impuni un crime si énorme et si détestable.
24 Du milieu de cette multitude effrayée sortait un cri confus et épouvantable.
25 Toutes les parties du temple parurent emprunter des voix et les mêler avec celles du peuple pour conjurer le ciel de les anéantir plutôt que de souffrir l’abomination dans le lieu saint.